Présence religieuse intercommunautaire

« Vous avez dit vocation ? »

De prime abord, on pourrait penser que tout ou presque tout a été dit sur la vocation dans la littérature théologique et spirituelle de ces dernières années. Il n’en est rien selon Christoph Théobald, s.j, auteur du livre « Vous avez dit vocation ? ».  Revenir au fondement biblique de la vocation, l’éclairer des sources du Concile Vatican II, puis s’enraciner dans une solide tradition spirituelle permet d’accueillir le don de Dieu toujours surprenant, dont nous n’avons aucune maîtrise.

Le théologien nous emmène avec dextérité dans l’Écriture en explorant des récits d’appels – des figures d’écoute.  Par celles-ci, on découvre « trois données essentielles à toute vocation : le dépassement d'un « malentendu » (ou comment se mettre à écouter réellement), le rôle d'un passeur (d'une personne qui peut accompagner, mais sans diriger) et la prédisposition « dès le sein maternel » ( l'importance du terreau familial ou de ce qui peut en tenir place). »*

L’ancrage de Vatican II permet de distinguer la vocation chrétienne de la vocation humaine, origine de toute vocation ecclésiale particulière, évitant ainsi de réduire la vocation aux figures institutionnelles ( prêtres, religieux... ).  L’invitation permanente que l’auteur nous adresse est d’accompagner l’expérience humaine pour y repérer une réalité et un fait incontournable : nous avons tous une vocation, qui que nous soyons !

Ce regard est une grande conversion pour l’Église, quicertes convoque de la part de la Dieu, mais doit honorer la singularité de chacun : « C’est à la manière d’appeler tel individu ou de lui révéler qui il est que se situe la conversion ecclésiale radicale à laquelle l’Église d’aujourd’hui est appelée. »  Être attentif aux besoins réels de l’Église ne suffit plus. Il s’agit aussi de se soumettre à l’inventivité même de Celui qui appelle, « à ce que Dieu donne effectivement, ici et maintenant », là où Il se manifeste.

La vocation, magnifiquement définie comme « ce donné gratuit, ce réservoir sans cesse renouvelé d’énergie qui ne cesse d’irriguer l’humanité et l’Église au plus profond d’elles-mêmes », n’est pas le privilège d’une élite.  Tout chrétien, tout être humain, est appelé, selon Gaudium et spes, à l’instauration d’une fraternité universelle qui répond à cette vocation humaine, à partager la communion divine en suivant le Christ.

Dans ce temps où l’Église plaide pour le développement d’une « culture de l’appel et/ou vocationnelle», voilà un livre stimulant pour nous guider et nous ouvrir de nouvelles perspectives au sein de nos communautés chrétiennes.

Christoph TheobaldChristoph Theobald, né à Cologne en 1946, entre dans la Province de France de la Compagnie de Jésus en 1978. Il est professeur de théologie fondamentale et dogmatique aux facultés jésuites de Paris (Centre Sèvres), rédacteur en chef-adjoint de la revue « Recherches de science religieuse », conseiller et auteur à la revue « Études ». Il est également l'auteur de nombreuses publications en histoire de la théologie moderne (en particulier sur Vatican II), en théologie systématique et pratique ainsi qu'en esthétique. Il a collaboré au tome 4 de l'Histoire des dogmes 1996, dirigé par Bernard Sesboué.



* Grégoire Le Bel, sj, responsable du Service Jésuite des Vocations