Présence religieuse intercommunautaire

Le pharisien et le publicain

« ... Devons-nous considérer que c’est plus « in » pour nous de dire que nous sommes allés à la canonisation du Frère André plutôt que de dire que nous avons passé une nuit avec les sans abris... Sous la pluie... ? ...»

Il est proposé de lire l’Évangile de Luc 18, 9-14  avant de lire la réflexion suivante.

L’Évangile de cette semaine nous propose une nouvelle fois la parabole du pharisien et du publicain.

Le pharisien, homme bien vu de la société, pieux, respectueux de la Loi de Moïse. Il ne peut rien avoir à se reprocher. Le publicain, quant à lui, est considéré comme appartenant à la classe des rapaces. Non mais un collecteur d’impôt! Être sans cœur, qui vide les poches des gens sans considération aucune et, pourquoi pas, qui en prend peut-être plus que ce qui est réellement dû…

Que remarquons-nous entre ces deux personnages cités plus haut ? Il s’agit en fait de la perception des gens, de l’image qu’ils projettent. Bref, tout est une question de paraître. Qu’en est-il du cœur de ces deux personnes? Les gens n’en savent rien. Tout est entre Dieu et le pharisien ou entre Dieu et le publicain…

Qu’en est-il aujourd’hui ? Est-ce vraiment différent ? Pas vraiment. Voyons voir…

Quand vous croisez un sans-abri… quelles sont vos premières réflexions qui vous viennent à l’esprit ? C’est un sans cœur, un bon à rien… il a juste à travailler pour s’en sortir… au mieux, ce doit être un bohème, une personne sur qui on ne peut pas compter…
Quand vous croisez un homme ou une femme d’affaires influent(e), qui a peut-être étudié à Havard ou qui a réalisé des projets de part le monde, qu’est-ce qui vient à votre esprit ? Cette personne est « quelqu’un » ! Elle a étudié, elle a réussi dans la vie. Ce n’est pas n’importe qui… si vous la compter dans votre cercle d’amis, vous êtes privilégiés…

Mais qu’en est-il en réalité ? Que connaissez-vous de leur histoire personnelle ? Pourquoi est-ce que la personne d’affaires serait « mieux » que la personne sans abri ? Il est évident que la personne d’affaires peut parler plus haut et plus fort que la personne sans abri. Cette première peut parler et les autres arrêteront pour l’écouter… souhaitant même peut-être pouvoir la suivre dans ce qu’elle dit et l’aider dans ses projets en ayant inconsciemment comme objectif d’être éventuellement reconnu…. Pouvoir dire, oui j’ai contribué à la réussite de son projet… La personne sans abri, quant à elle, aura beau s’époumoner sur la place publique, crier, revendiquer, dénoncer… personne ne prêtera attention à ce qu’elle dit, personne ne s’arrêtera pour l’encourager dans son projet… pire, on fuira le plus rapidement possible afin d’être très loin de cette personne… nous ne voulons surtout pas être associés à elle.

Mais si nous creusons, si nous désirons quitter le paraître pour entrer dans l’intime de l’être, qu’en ressortira-t-il ? Que verrions-nous réellement dans chacun des cœurs de ces deux personnes ? Nous n’en savons absolument rien. À première vue, nous ne pouvons que nous prononcer sur le paraître… l’être profond nous étant inaccessible… seulement connu de Dieu. Ceux que nous jugeons premiers sont peut-être derniers aux yeux de Dieu et vice-versa.

Avant de vous quitter, réfléchissons ensemble sur un fait qui s’est passé la semaine dernière. À Montréal, il y a eu deux événements qui se sont produits où les gens étaient invités à se joindre pour manifester leur intérêt : la nuit des sans abris et la canonisation du Frère André. Où les gens ont-il été en plus grand nombre ? Pourtant, dans les deux cas, nous parlons de personnes pauvres et humbles… Devons-nous considérer que c’est plus « in » pour nous de dire que nous sommes allés à la canonisation du Frère André plutôt que de dire que nous avons été passés une nuit avec les sans abris… sous la pluie… ?

Bonne réflexion et bonne route.

L'Équipe du Centre PRI

Pour aller plus loin…

Être ou paraître ?

  • Quand je fais des choix, pour qui je les fais ? Pour quoi je les fais ?
  • Qu’est-ce qui m’impressionne chez l’autre ? (Son titre, sa personnalité, ce qu’elle me révèle) ?
  • Quelle attitude au-je pour les personnes avec qui je n’ai pas d’affinité, qui ne partagent pas les mêmes idées que moi ?
  • Quelle sorte de regard je pose sur les autres ?
  • Le regard que je pose sur les autres rejoint-il le regard de Dieu sur moi ?
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